Ecrits sur mes photographies 

AVA, l’origine

AVA est une série photographique qui parle de l’intuition, de la puissance du féminin sacré.

Le corps féminin est fluide, il se mélange à l’eau. Il est un avec le milieu. Ce corps, cet espace est le lieu de la création lui même, de l'intuition, du savoir primitif. C’est l'espace concret de l'origine de la vie.

J’aime travailler sur les limites perméables entre le corps et l’eau, symbolisant qu’ à l’origine nous `faisons un avec la nature, plus tard vient la dissociation. L’eau agit sur notre corps, elle reflette nos morcellements, nos endroits de lâcher prise, et parfois d’unité.

L’eau est intuitive. Par la photographie, elle révèle le mouvement de la vie. Cet espace vivant liquide est le lien entre chacun de nous. Ava nous relie les uns aux autres.

Laure Duchet

La chute de

l'homme blanc

Je suis devenue photographe pour révéler la puissance des femmes. Aujourd'hui, ma démarche s'étend aux hommes parce que je ressens une grande nécessité de faire le lien, de bousculer les assignations à être homme ou femme.

Le monde a besoin du féminin : de l'intuition, de la création.

J'ai donc choisi de créer un espace sombre, confortable et sécurisant pour les hommes dans mon studio. J'utilise la lumière comme une présence qui les protège et qui les isole du reste de la pièce. Ma voix les guide, les enveloppe.

Je leur dit que cette séance est un moment qu'il s'offrent, pour eux, à l'abri, hors de ce qu'ils sont censés faire ou de ce que l'on attend d'eux « à l'extérieur ». Et je commence par leur lire cette citation de Marion Woodman :

« Votre présence est pouvoir. Ce n’est pas un pouvoir sur quelqu’un d’autre. C’est simplement l’expression de qui vous êtes. Le pouvoir, dans le sens d’exercer un contrôle sur autrui, diffère de cette présence toute personnelle. L’amour est le véritable pouvoir.»

J'observe comment cela résonne en eux. Et puis, je leur pose cette question :

Pour vous, que signifie être puissant ?

Et je regarde les carapaces tomber et le silence se faire.

Le clair-obscur parle de la profondeur non révélée que les hommes portent en eux. Le contour, la partie du corps dans la lumière, le dos comme un besoin de repli, de retour à soi est ce qu'il choisit de laisser voir de lui à cet instant. La lumière révèle la part infime de cette fragilité qu'il laisse apparaître.

Je procède à des enregistrements sonores des séances, en vue de comprendre ce qui se joue dans l'instant, de capter ces instants d'intimité, cela donne naissance à des «conversations photographiques».

Laure Duchet


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Ostéopathie et Photographie

" L’ostéopathie relie le corps et l'esprit, elle élimine sur le long terme les tensions et rééquilibre les courants. Elle tente de nous amener à sentir notre corps autrement, et à rester en contact avec ces sensations nouvelles.

J’envisage l’ostéopathie comme un art qui se pratique en silence. Un art dont le sens serait de communiquer. De toucher l’autre dans ces profondeurs. C’est au delà des mots, et bien souvent déstabilisant, dans un monde où notre mental est très sollicité et cherche à tout expliquer. La photographie telle que je la pratique se situe dans cette même sphère indicible et pourtant bien palpable. Je n’entrevois pas le fait de prendre des photos sans être, moi-même, reliée aux gens que je photographie.

Lorsque je photographie quelqu’un, je m’assois à côté, je la regarde, je l’écoute, je perçois son rythme et ses vibrations, et seulement alors, je la photographie.

Je crois que nous cherchons tous les deux à travers notre travail à entrer en contact avec l’intimité de la personne que nous avons en face, à dépasser la surface des choses, barrière du mental et des apparences. Nous pratiquons tous deux un art sensitif et bienfaiteur, car le fait d’être regardé et touché est essentiel pour chacun. "


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LOUVES

“Nous sommes toutes au début un tas d’os, un squelette démantelé gisant quelque part dans le désert sous le sable. A nous de recoller les morceaux. C’est une tache pénible qu’on doit exécuter quand la lumière est bonne car il faut y consacrer beaucoup d’attention. ”

Femmes qui courent avec les loups – Clarissa Pinkola Estes

Le jour de mes 30 ans, une des personnes qui compte le plus pour moi m'a offert Femmes qui courent avec les loups. L'auteure dit que la femme sauvage qui sommeille en chacune de nous est riche de connaissances. Si nous nous reconnectons à elle, notre puissance est infinie. Nous sommes sensibles, intuitives, et cette sensibilité n'est pas, comme on nous le fait croire souvent, une faiblesse et un empêchement.

Au contraire, notre puissance vient de notre intuition.

La même année, j'ai fait la connaissance d'une femme amérindienne qui enseigne les rites indiens à des femmes partout dans le monde. Ce jour là, je me suis retrouvée seule dans une forêt que je ne connaissais pas, et pourtant je me suis sentie chez moi, en sécurité.

Jusqu'alors, être une femme ne voulait rien dire pour moi.

C'était juste une chose qu'on ne m'avait pas transmise. Cela se résumait à être moins puissante qu'un homme, être dépendante souvent du regard de l'autre, devoir plaire ... J'étais comédienne, j'avais été infirmière auparavant. Deux métiers qui ne me convenaient ni l'un ni l'autre.

Et puis, soudainement je suis tombée enceinte. Je me souviens encore comme c'est bouleversant, d'être habitée, d'aller seule vers l'inconnu et de ne plus savoir qui on est. Je ne comprenais plus du tout ce qui se passait. J'étais pétrifiée par la peur.

Mon premier enfant est né, et avec lui, j'ai décidé d'écouter qui je suis. De créer pour être au monde, de dire la difficulté d'être enceinte, puis d'élever des enfants et de travailler, d'être une femme épanouie .... en envoyant valser le mythe de la «femme parfaite».

A chaque fois que je rencontre une femme, j'ai envie de la photographier, de prendre le temps de la regarder vraiment. Je lui raconte qui je suis et pourquoi je prend des photos et elle me raconte qui elle est, à travers ses mots, ses gestes, ses silences, ses rires ou ses peurs... Et peu à peu je me rends compte: «Nous avons toutes la même histoire» , nous sommes toutes reliées, différentes générations, origines, âges, milieux... un lien invisible nous relie les unes aux autres. En prendre conscience me rend joyeuse et confiante dans le chemin à accomplir.

Cette exposition a existé une première fois à Paris, où je vis. C'était au départ une dizaine de portraits de femmes seules, et puis les ont rejoins leurs filles, leurs mères, leurs sœurs, leurs grands mères , leurs amies... toute la meute a refait surface.

Laure Duchet, le 10 septembre 2016